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18
oct.
2012
Analogie réelle du partage/piratage
Technique - par Goufalite - 1862 hits

Je sais que l'informatique est complexe à expliquer à ceux qui ne s'y connaissent pas ou qui ne veulent pas s'y connaître. J'ai choisi donc de partager ma connaissance de quelques éléments de société en utilisant des analogies simples. Aujourd'hui, je vais essayer de vous présenter tout l'univers du partage musical avec ses avantages et ses inconvénients. Je vais vous raconter l'histoire de Germain, un dessinateur qui ne sait pas trop comment se faire connaître du public. Il a à sa disposition plein d'outils et surtout l'appui de certains partageurs anonymes...

Mise en situation

L'exposition

Germain a un don pour le dessin. Il réalise plusieurs toiles qu'il stocke dans son garage mais il a peur de l'impact sur les gens, s'il sera connu? rémunéré? apprécié? Toutes ces questions lui font peur mais il prend les devants et choisit de les exposer devant chez lui pour que les passants puissent lui en parler.

Durant cette exposition, il reçoit beaucoup d'avis positifs et des retours sur ses oeuvres. Certains gens lui demandent même de les reproduire pour qu'ils puissent avoir une copie chez eux. Tout le monde est content de faire la connaissance de ce nouvel artiste et la presse parle de lui dans le journal local.

Tout à coup, une personne, Luffy, prend en photo une toile et s'en va en courant, celle-ci aura récupéré une version moins précise de l'oeuvre mais qui pourra être partagée plus rapidement et facilement, on va y venir.

  • contact non réplicable avec l'auteur
  • vision de l'originalité de l'oeuvre

Le circuit classique

Pendant l'exposition, un drôle de bonhomme, Sonny, aborde Germain en lui disant qu'il a beaucoup de talent et qu'il lui faudrait l'appui d'un producteur pour bien démarrer. Sonny lui propose donc de lui faire de la publicité, d'organiser des expositions plus grandes et de fournir un format de ses oeuvres dans les rayons des grands magasins. Du rêve en perspective! Hélas le producteur réclame dans son contrat certains éléments qui sont assez problématiques, à savoir :

Luffy de son côté a cherché un peu et a trouvé un moyen de contourner le format proposé par le producteur, il arrive donc à prendre en photo l'oeuvre de façon encore plus pointue, il va bientôt entrer en scène.

  • sûreté financière, sous réserve de résultat derrière
  • services de marketing et organisationnels colossaux
  • appropriation de l'oeuvre par le producteur
  • revenus maigres
  • format de diffusion propriétaire non contournable par l'auteur
  • obligation de suivre le courant imposé par le producteur
  • piratage inévitable

Quand le gouvernement s'en mêle

Sonny n'est pas content de sa perte son non-gain. Il va donc voir Christiane, la ministre de la culture, pour essayer de trouver une solution contre ces vilains pirates. Sonny présente donc Harold, celui qui va surveiller les moindres faits et gestes des consommateurs, les punir et mettre en avant SA politique de distribution de contenu. Malheureusement Christiane ne connait pas trop les moyens techniques pour que Harold puisse travailler correctement mais applaudit des deux mains quand Sonny lui assure que tout se passera pour le mieux.

Depuis que Harold est en place, les consommateurs sont plus méfiant et ne partagent plus convenablement les oeuvres. Certains artistes restent donc méconnus quand d'autres sont mis sur un piédestal pour garantir l'investissement de Sonny. Entre temps les vilains partageurs ont renforcé leur façon de se retrouver et de partager les oeuvres, laissant ceux qui débutent se faire maladroitement prendre.

Le partage collaboratif

Revenons à Luffy. Ce fourbe a réussi à prendre une version de l'oeuvre de Germain et souhaite le fournir gratuitement à tous ces amis. Il se rend compte qu'envoyer un mail a tout le monde ou donner un accès à son ordinateur sera très lourd. Il choisit donc d'utiliser le partage collaboratif.

Comment ça marche? Nami et Zorro veulent connaître cette oeuvre, il rencontrent donc Luffy qui va leur proposer de partager l'oeuvre en parties. Ainsi l'oeuvre va être découpée et les parties vont circuler entre les amis. Si quelqu'un d'autre en veut aussi un morceau il va interroger les premiers qui vont lui fournir quelques parties et il faudra qu'il cherche d'autres personnes possédant les parties manquantes. D'un point de vue technique, Luffy qui possède toute l'oeuvre va la semer (seed) et les autres vont récupérer les parties progressivement. Ceux qui n'ont rien vont devoir pomper (leech) des parties existantes mais qu'ils pourront proposer à d'autres une fois que celles-ci seront récupérées.

Ouch, un petit schéma :

Fonctionnement du partage collaboratif.
Fonctionnement du partage collaboratif.

L'inconvénient est que pour se rencontrer les différents acteurs devront passer par un service de rencontre qui listera toutes les parties que chacun possède. Et pendant ce temps Harold veille... Germain de son côté n'est pas rémunéré mais profite quand même de cette publicité gratuite pour que d'autres partageurs puissent acheter ses oeuvres plus tard.

  • gratuité
  • décentralisation de l'oeuvre
  • décongestion du réseau car tout se fait de pair à pair
  • accessibilité : on peut trouver des oeuvres qui n'existent plus ou qui sont dures à trouver
  • risque de virus car on n'est pas forcément sûr de ce que l'on partage
  • obligé quand même de passer par un site centralisateur qui peut être surveillé par Harold par exemple

Le flux

Luffy a trouvé une autre solution : proposer de visionner l'oeuvre de Germain sans la posséder. Cette technologie appelée Streaming permet de consulter un site, d'installer un logiciel et de regarder l'oeuvre sans la stocker sur son disque dur. Harold ne peut pas surveiller ce genre de site car il n'y a pas de preuve matérielle de déplacement de l'oeuvre. C'est comme si Nami lisait une copie d'un livre et le brûlait directement après. Harold cependant se penche sur un moyen d'analyser les octets lus par Nami pour reconstituer une preuve du transit du fichier.

  • accès direct à l'oeuvre
  • pas de trace de l'appartenance de l'oeuvre
  • économie d'espace disque
  • centralisé : si le site tombe l'oeuvre n'est plus accessible
  • non appartenance de l'oeuvre, on la fait disparaître après l'avoir consommée, comme une location

Récupération directe

Kim propose encore une autre solution : créer un espace pour mettre à disposition différents éléments (fichiers, objets, oeuvres livres de droits,...) que tous les gens pourraient utiliser. Si un élément est protégé par le droit d'auteur il est reporté par Sonny ou Harold qui pourra le faire supprimer sans préavis. L'inconvénient est que Luffy n'est pas bête : il va changer le format et le nom de l'oeuvre dans l'espace de stockage pour qu'elle ne soit pas reconnue.

Par contre Kim commence à avoir des soucis financiers car il faut qu'il garde en place son espace qui grossit de plus en plus... Il installe donc des bannières publicitaires un peut partout et fait payer les gens qui voudraient récupérer plus vite les éléments sans passer par la publicité. Tout cet argent va à Kim, mais pas à Germain.

  • récupération rapide de l'oeuvre
  • garantie de l'authenticité de l'oeuvre via les commentaires et des notes
  • centralisé : si le site tombe l'oeuvre n'est plus accessible
  • coût de stockage entraînant des frais
  • l'auteur n'est pas rémunéré

Le tunnel

Luffy en a marre de voir Harold le suivre partout, il choisit donc de correspondre avec Waldo, un ami qui se trouve dans un autre pays via un tunnel de communication crypté. Si Harold essaie d'ouvrir le courrier de Luffy il ne verra que des symboles qu'il ne pourra pas déchiffrer. De plus, Waldo permet à Luffy de se faire passer pour lui quand il doit utiliser des services qui ne sont pas disponibles dans son pays : il peut donc lire des vidéos, s'inscrire sur des sites disponibles uniquement dans un pays en particulier sans avoir à bouger de chez lui!

  • anonymat
  • accès à des services inaccessibles dans son pays
  • lenteur en raison du cryptage et de la distance
  • il faut faire confiance à Waldo, qui pourrait éventuellement nous dénoncer à Harold...

Auto-promotion

Germain se rend compte qu'il existe beaucoup de services gratuits sur Internet pour se faire connaître rapidement et facilement. Il souscrit donc à un service de publications d'articles, il se filme en train de dessiner, il propose un espace de stockage où les gens pourront récupérer une copie de ses oeuvres en payant ou non.

  • maîtrise de la réputation
  • contact avec le public
  • revenu dépendant uniquement des dons
  • dépendance des services (contrat d'utilisation, disponibilité,...)

Résumé des analogies

  • Germain : il s'agit de l'artiste qui souhaite se faire connaître tout en espérant un revenu sur sa création
  • Sonny : il s'agit de la maison de disque, label ou major. Il voit Germain comme un investissement et le garde pour lui en forçant les formats de diffusion. Attention toutes les maisons de production ne sont pas comme ça, tout dépend du contrat signé.
  • Luffy, Nami et Zorro : c'est les pirates partageurs, ils utilisent les connaissances techniques ou les outils mis à leur disposition pour partager l'oeuvre gratuitement.
  • L'exposition : comme son nom l'indique, c'est là où Germain va présenter une version physique de son oeuvre. C'est donc les concerts, les démonstrations, les festivals,...
  • Le circuit classique : quand vous allez en grande surface ou que vous faites des achats sur Internet via une plateforme éditrice.
  • Harold : il s'agit d'HADOPI, l'organisme censé surveiller la population pour voir qui partage des oeuvres protégées par le droit d'auteur. Mais quand c'est lui-même qui télécharge il n'y a plus personne...
  • Le partage collaboratif : il s'agit des protocoles P2P, Torrent, Tor,... qui permettent une communication uniquement entre deux ordinateurs
  • Le flux : c'est le système de streaming comme décrit dans l'analogie. Attention tout de même aux faux sites qui font installer des virus quand le lecteur se lance.
  • Le tunnel : il s'agit du tunnel VPN, une connexion sécurisée permettant de profiter du réseau d'un ordinateur distant sur son propre ordinateur.
  • Récupération directe : Megaupload, Fileshare,... tous les services de mise à disposition de fichiers sur un serveur. C'est une véritable mine d'or pour les partageurs car il suffit de renommer le fichier ou de le découper pour qu'il passe inaperçu. Hélas les gouvernements (épaulés par les majors) tentent d'attaquer ces boîtes en agissant sur le portefeuille : en coupant les accès, les serveurs,...
  • Auto-promotion : Youtube, Wordpress, Bandcamp,... tant de services plus ou moins gratuits permettent aux artistes de s'exprimer sans passer par un label.

Bilan

Voici toutes les options possibles pour que Germain puisse s'épanouir et partager ses oeuvres. Chaque méthode se vaut et permet d'obtenir plus ou moins de visibilité sur ses produits ou sur sa prestation générale (expositions, objets physiques,...). A lui donc de choisir qui il veut privilégier : le portefeuille du major ou l'intérêt de la communauté?

+ Sources des images


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Rédacteur et programmeur principal du Goufablog. Ingénieur de profession et avide de connaissances technologiques et scientifiques il partage son savoir à travers ces différents articles. Plus de renseignements sur la page de contact.
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Tags : auto-promotion, hadopi, P2P, piratage, streaming, torrent, vpn
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